28 Décembre

L’idée, aujourd’hui, est de faire un triangle sur les différents ridges de la plaine de Porterville. C’est assez délicat car il faut décoller en face Est, sur les flancs des reliefs de Piketberg, aller au vent faire un point et se laisser porter par le vent qui lèche les falaises en léger travers droit. Au bout de la plaine, les ridges se rassemblent et on devrait pouvoir profiter de la masse d’air qui converge au fond de la combe et être propulsé suffisamment haut environ 2000m pour retrouver le vent de Nord-Ouest qui doit nous pousser jusqu’à Porterville pour aller faire un autre point à 20km de là. Ensuite, on redescendra de notre altitude vers 1000m   pour profiter de la confluence entre le vent d’Est et la brise d’Ouest pour revenir sur notre point de départ à Piketberg.

Ça, c’est l’idée ! Voici comment cela s’est réellement passé : la première partie du vol s’est très bien déroulée jusqu’au bout du ridge de Piketberg où, malgré une altitude tout à fait raisonnable, nous nous faisons descendre comme jamais jusqu’au sol. Là, heureusement, la plaine est généreuse mais il faut bien se battre pour réussir à monter ; d’autant plus que le sol est particulièrement chaud aujourd’hui, je dirais même caniculaire. C’est le jour le plus chaud que l’on ait eu. Et, du coup, ça nous motive à ne pas poser.

Au bout du ridge où se rejoignent les reliefs, ça marche du feu de Dieu. Puis – et c’est la que devient compliqué – nous ne trouvons pas de vent de Nord-Ouest : uniquement de l’Est qui, au gré du relief, nous offre soit des confluences hallucinantes dans lesquelles nous montons en ligne droite, soit des dégueulantes affreuses qui nous collent au sol. Mais surtout, nous sommes contrés par le vent et nous avons du mal à avancer. Nous volons comme ça durant une vingtaine de kilomètres jusqu’à une un col quand, soudain, le vent nous plaque au sol ! Nous évitons de justesse une ligne électrique et décidons de poser.  A quelques mètres du sol, un thermique salvateur nous donne un second souffle. Franck pose quelques kilomètres plus loin et je continue seul. Mon pied est scotché au barreau et j’ai du mal à avancer. Je compte sur l’Ouest qui est cense arriver pour m’aider, mais il tarde, aujourd’hui. Je dois poser ; je suis trop bas. Je repère un arbre dans la fournaise pas loin d’une piste. Je m’y pose et plie mon aile à l’ombre. Il fait 1000°C et le soleil brûle. J’attends quelques minutes et je reçois un appel de Stefanie qui me dit qu’il me faut marcher plus au Nord, car là où je suis, la récup est impossible. J’aurais dû m’en douter : une piste en sable sans trace de pneus, forcément…

Stefanie, quant à elle, a fait un autre vol. Son choix a été de continuer avec le vent et elle posera au Nord, dans la pampa Sud-Africaine.

Je marche environ une heure en plein soleil. Je bois ce qu’il me reste d’eau (environ 2 litres). Ici, il faut partir avec quelques réserves car on se déshydrate vite.

Arrivé au point de rendez-vous, je me mets à l’ombre près de bottes de foin. Le récup arrive enfin !

Le plan, c’était de faire un triangle de 150 km. Je n’en ai fait que 80, mais ce n’est pas grave. Même si, cette année, les conditions sont compliquées, je me dis que j’emmagasine plein d’expérience pour la suite de la saison qui, finalement, ne fais que commencer.