Cet automne, nous avons remplis nos parapentes d’habits chauds et avons sauté dans un avion – direction les contreforts himalayens !

Après 21 heures de voyage, nous sommes arrivés dans le village qui nous accueillerait pour deux semaines, un petit patelin perché tout au Nord de l’Inde, dans l’Himachal Pradesh.

Ce voyage nous a laissé des souvenirs indélébiles. En voici quelques-uns.

L’odeur du bois de santal dans les thermiques ;

Le chant des perroquets au petit matin, les cigales et leurs bruits de courroies de vieilles carrioles qui crissent, au premier rayon du soleil ;

La sirène à 7h55 qui annonce l’ouverture de l’usine de thé vert, le chant des innombrables oiseaux, la nuée de parakeets verts qui volent en escadrille au-dessus de nos têtes ;

Les vaches qui vivent leurs vies au beau milieu de tous et au beau milieu de nulle part, les chiens qui dorment toute la journée là, au gré de l’agitation rurale, sans se soucier de ce qui les entoure, comme si rien ne pouvait les réveiller à part la cloche qui annonce le repas (on a bien essayé de les secouer parce qu’à force de les voir inertes, on a cru à leurs décès) ;

Des échoppes colorées dans les ruelles, parsemées de leur bric-à-brac, des câbles électriques qui passent par là ou ils le peuvent, des gouttières qui n’égouttent plus grand chose, des panneaux qui tiennent par la force des choses et parfois finissent même par soutenir les façades d’un immeuble ;

Les couleurs chamarrées des bâtiments, leurs rambardes et leurs portails finement ciselés ;

Ces enfants, avec leurs deux parents, sur une moto, sans casque et à pieds nus, qui déambulent à toute berzingue au travers de la circulation ;

Le « Blow Horn, Use Dipper At Night » peint à la main à l’arrière de chaque camionnette, et la peur pour nous, au prochain dépassement, d’un trépas qui semble inévitable – et… Non… ça passe ! Pfiou !

Le Scotch et la ficelle qui rafistolent l’ensemble du pays ;

L’air des différentes régions que l’on a traversées : des odeurs insoutenables en ville : un mélange de souffre, de carburant et de cadavre ; et d’autres senteurs dans la montagne : le brûlé, le curry et l’encens ;

Une nourriture riche et colorée, autant que le pays lui-même : on a trouvé autant de saveurs dans notre riz biryani qu’il y a d’habitants en Himachal Pradesh ;

L’insoluble mystère des vêtements ; soit comment des gens qui habitent dans des cabanes et des amas de tôle, sans eau, sans le minimum, peuvent avoir des vêtements aussi colorés et propres ;

Les gerbes de riz attachées en toutes petites pyramides ou pendues dans les grands arbres ;

Le maïs et les piments qui sèchent sur des bâches aux vives couleurs à même le sol ou sur les toits ;

Les uniformes des écoliers des différentes écoles ;

Les tas de cendre ou les feux vifs qui consument les détritus du jour ;

Ce pont censé relier deux rives, mais relié à rien, suspendu dans le vide – et pourquoi diable les routes sont-elles autant accidentées avant un pont ? Et bon sang, pourquoi y a-t-il des fers à béton qui ne prolongent sur rien, le long des piliers ? C’est comme si on avait oublié de construire l’étage suivant ;

Cette végétation dense et verdoyante ;

Les tribus de singes dans la forêt ; ce serpent que nos pas dérangent dans sa sieste ;

Tous les mythes et histoires, connus de tous ici, qui nous émerveillent : Hanuman et sa montagne, Diwali et ses lumières ;

Les camions Tata décorés comme des sapins de Noël et ce tank bariolé, dans une base militaire, qui semble peint par un hippie sous acide ;

Ces panneaux et ces murs peints qui disent « soyez gentil » ;

L’Inde, telle que nous l’avons vécue, c’est tout cela, dans n’importe quel ordre et tout en même temps ! Il faut la vivre pour la ressentir, l’arpenter pour l’expérimenter, et surtout l’accepter comme elle est pour l’apprécier.

Merci à Martin (le fameux grand sage) pour la photo!

J’aime le conseil qu’un très grand sage m’a donné là-bas : « ici, ne prévoit rien à une heure précise ; ça ne marchera pas. Prends les choses comme elles viennent, et tout viendra à toi » !