Les journées maussades et humides de ce début novembre, marquant l’arrivée de l’automne, me donne l’opportunité de me replonger dans les 2 semaines incroyables passées au Brésil avec la ligue suisse de parapente et de retranscrire au travers de ce récit ce que nous avons vécu. Plusieurs chapitres seront publiés dans les semaines à venir – vous trouverez le premier ci-dessous. Bonne lecture!!! Par ailleurs, n’oubliez de voter pour élire Yael en tant que “personnalité Valaisanne de l’année” . Cliquez ici pour voter.

Le début de l’aventure
Cette péripétie brésilienne commence à prendre jour il y a tout juste une année en arrière lors d’un coup de fil avec Martin Scheel. Martin m’explique que la ligue cherche à créer des équipes de trois pilotes pour la prochaine expédition dans le Sertao brésilien afin de maximiser nos chances de voler loin. Ce concept, de voler en équipe, a déjà fait ces preuves au travers des records établis par les pilotes brésiliens. Cela permet non seulement de trouver plus facilement les thermiques mais aussi d’optimiser nos taux de montées dans les thermiques.
Martin me dit aussi que Yael Margelisch serait bien motivée à venir tenter sa chance pour établir un nouveau record du monde féminin et qu’il pense que l’on pourrait monter un team ensemble. Ni une ni deux, j’appelle Yael ; elle est effectivement super motivée! Il nous reste donc plus qu’à trouver un 3ème pilote et être sélectionné par la ligue. En ce qui concerne le 3ème pilote, Yael propose que son compagnon, Clément Latour, avec qui elle a l’habitude de voler, se joigne à notre aventure. Ce duo s’entend très bien au sol comme en l’air! Ils ont à eux deux fait un triangle FAI de 263km au départ de St-Hilaire le printemps dernier; ce qui vaut à Yael son premier record du monde pour la saison 2019!
En revanche, nous craignons que notre proposition ne soit pas retenue par la ligue étant donné que Clément est français. Nous tentons quand même notre chance et la ligue a fait preuve d’un pragmatisme bienvenu. En effet, leur réponse était limpide comme de l’eau de roche: “aucun problème pour nous si vous pensez que ce trio est la meilleure option pour aider Yael à battre le record du monde féminin de distance! »

Greetings from the Yael’s team

 Yael lors d’un vol jurassien. Ce jour là, elle s’offira un “Jura downwind” de Soleure à Genève

Choix du matériel
Yael et Clément, volant en Enzo3 depuis plus de 2 saisons, me motivent à voler aussi sous cette aile ; cela nous permettera d’avoir un team le plus homogène possible. Un vol avec Yael dans le Jura finit par me convaincre: dans des conditions établies, je ne vois pas d’énormes différences avec ma Zeno. En revanche, dans des petits thermiques, Yael monte systématiquement plus vite que moi. Il ne me faudra donc pas longtemps pour appeler Philippe Arn d’Ozone suisse afin de lui commander une Enzo3. J’appelle aussi dans la foulée Hausi Bollinger & famille pour commander un cocon, une Genie Race 4, adéquat pour ces ailes de compétition.
J’appréhende un peu de me retrouver de nouveau sous une aile de compétition mais les vols alpins réalisés pendant l’été me rassurent complètement et je suis bluffé par la maniabilité de cette aile qui offre des performances impressionnantes. Ces vols estivaux représentent un pas important dans ma préparation brésilienne et ma confiance dans mes capacités de pilotage en est d’autant plus boostée.

L’heure du départ se rapproche à grand pas
Début septembre Yael arrive à Genève pour prendre son avion à destination du Brésil. En effet, elle a décidé de passer plusieurs semaines sur place en combinant une Coupe du Monde dans le sud du pays à Pico do Gavio, 2 semaines de kite et de repos dans la région de Canoa Quebrada avant de s’attaquer au vol dans la plaine surchauffée du Sertao. Yael passe à côté de sa première manche et de ce fait, se rend la tâche bien difficile pour gagner cette étape de coupe du monde. Malgré ce handicap, Yael fait une belle remontée, en finissant notamment la dernière manche à la 13ème place au classement général du jour! Malheureusement, cela ne lui suffit juste pas pour prendre la première place et elle échoue à seulement 3 points derrière la gagnante, Marcella Uchoa. A noté que Marcella, à ce moment-là, est la détentrice du record du monde de distance féminin avec un vol de 411km réalisé en octobre 2018.  Yael est évidemment déçue par ce résultat mais personnellement, je pense que cette relative déception lui à donner une motivation supplémentaire pour aller chercher le record du monde de distance un mois plus tard.

De notre côté, Clément et moi essayons de gérer nos boulots respectifs au mieux afin d’embarquer pour le Brésil dans les meilleures conditions possibles… cela reste un vœu pieux car ma société a décidé de lancer une réorganisation gigantesque juste quelques semaines avant notre départ. Pour faire court, je connaissais mon job en montant dans l’avion pour le Brésil mais je n’avais aucune idée de ce qu’allait être mon job au retour ! Cette situation m’a permis (ou forcé) de faire un beau travail de « lâché prise » ! De son côté, Clément nous organise avec Cédric de Certika un recalage de nos ailes « customisés » pour les conditions brésiliennes. J’ai l’occasion de faire un vol de 100km dans la plaine derrière le Salève (ce qui n’est pas courant pour un vol du mois de septembre) pour apprécier ces réglages qui rendent notamment mes bouts d’aile plus solides. Ma confiance monte encore d’un cran en constatant que mon Enzo 3 a un rendement jamais connu auparavant dans des petites conditions de plaine.

Dernier vol depuis le Salève avant le départ histoire de savourer le recalage réalisé par Certika. Photo: DragonFLy

Triplace by Jeronimo

Très sympa cet animal de compagnie, non?

Le 26 septembre au matin, Clément et moi sommes dans notre avion pour le Brésil. Nous posons quelques heures plus tard à Fortaleza où nous retrouvons Yael. La bonne nouvelle c’est que tous nos bagages ont suivis, la mauvaise nouvelle est qu’un pot de Cenovis que nous apportons à Jeronimo Saunier, un bi- / tri-placeur suisse installé à Canoa depuis plus de 20 ans mais qui raffole toujours de cette pâte à tartiner, n’a pas résisté au voyage. Cela nous vaut une séance de nettoyage au milieu du hall de l’aéroport ! Yael nous conduit directement à Canoa afin de pouvoir profiter du bord de mer et de faire un peu de kite avant de rejoindre Caico. Jeronimo et sa famille nous accueillent chaleureusement et c’est toujours un immense plaisir de revenir dans leur petit coin de paradis. Le vent est même parfait pour s’offrir une séance de soaring en dessus des vagues de l’Atlantique ; difficile de commencer notre séjour d’une meilleure manière. Et l’animal de compagnie de la famille Saunier nous a laissé dormir sur nos deux oreilles sans venir nous dire bonjour pendant la nuit…et c’est très bien comme cela quand on sait que celui-ci est un…boa !

Chapitre II ==>