<== Chapitre I

Arrivée sur Caico
Le moment tant attendu de rejoindre Caico arrive enfin. Caico est une ville se trouvant à 6 heures de voiture dans l’arrière-pays. Les températures y atteignent régulièrement 40 degrés et descendent rarement en dessous de 35 degrés pendant la nuit. Caico n’a pas gagné sa réputation pour sa gastronomie : en effet, vous avez le choix entre des pizzas ou des burgers…. et un excellent buffet mais qui est ouvert que pour l’heure du lunch, ce dernier est donc la maigre consolation pour les parapentistes malheureux qui ratent leur vol de la journée. Mais l’essentiel est ailleurs : Caico est maintenant connue grâce à son aérodrome, découvert par l’équipe de Fly With Andy. En effet, depuis octobre 2017, la ligue suisse de parapente et l’équipe de Fly With Andy organisent des décollages au treuil depuis cette piste qui est sur un axe idéalement placé pour faire de très longs vols quand les alizés brésiliens se mettent en place.

 

 

Décollage matinal de Yael et Clément depuis l’aérodrome de Caico. Il n’est pas 7h du matin! Photo: Michael Küffer

Les pilotes de l’expédition Sertao 2019. Photo: Fly With Andy

Nous retrouvons les autres pilotes de la ligue suisse ainsi que toute l’équipe de Fly With Andy à l’hôtel Varandas do Penedo qui deviendra notre camp de base pour les jours à venir. Dès les premiers instants, j’ai senti une excellente ambiance au sein du team. Ceci n’est jamais gagné d’avance quand vous prenez 9 pilotes de haut niveau et qu’ils doivent cohabiter pendant 2 semaines. Ce qui a été génial avec cette équipe est que, malgré des objectifs individuels élevés, nous partagions les mêmes valeurs et étions tous hyper motivés à passer de nombreuses heures de vols en dessus de la plaine brésilienne. Cette passion commune a permis d’éviter que des rivalités internes ne prennent le dessus et par conséquent, cette chasse au record s’est combinée à une aventure humaine inoubliable. Cette année nous volerons donc en team de 3 pilotes et rêvons évidemment tous de passer les 600 kilomètres tout en sachant pertinemment qu’il faudra avoir une journée idéale pour couvrir cette distance gigantesque. C’est pourquoi, chaque team se fixe aussi des objectifs différents:

  • Michael Sigel, Patrick Von Känel et Michael Küffer sont déterminés à battre le record du monde établi par les brésiliens en 2016. Ils avaient réalisés un vol de 565km en ligne droite (correspondant à 572km avec 3 points de contournements) au départ de Tacima.
  • Peter Kleimann, Pascal Bissig et Sebastian Benz veulent aller loin le plus souvent possible pour s’assurer le haut du classement au XContest et seraient aussi ravis de ramener un record du monde dans leurs bagages.
  • Yael Margelisch, Clément Latour et moi-même sommes focalisés sur les records du monde féminins et aimerions aussi que Yael devienne la première femme à passer la marque magique des 500 kilomètres. Ce qui serait aussi une première pour Clément et moi.

Les premiers vols
Les journées à Caico ont l’avantage d’être rythmées comme une horloge suisse : levé à 4h30 ; du coup, nous ne souffrons d’aucun « jet lag » quand on vient d’Europe, petit déjeuner sur-protéiné spécialement préparé pour le team à 5 heures du matin et départ pour l’aérodrome à 5h30 tapante. Cela nous permet d’être prêts à décoller dès 6h15 ! Dès ce moment, un jeu quotidien commençait : ce jeu consistait à occuper Clément pour éviter de le voir décoller dès 6h20 alors qu’aucun Urubu (le vautour local) n’arrive encore à enrouler !!!! Et oui, Clément est systématiquement le premier à être prêt à décoller et je ne sais d’ailleurs toujours pas comme il fait pour se préparer aussi rapidement. Plaisanterie à part, l’heure de décollage est un moment critique de la journée : il faut réussir à décoller dans le premier cycle thermique afin de pouvoir faire 20-30 kilomètres très tôt le matin car ceux-ci feront la différence en fin de journée. En revanche, ces décollages extrêmement matinaux génèrent le risque d’être posé très tôt car les thermiques ne sont pas encore bien établis mais cela fait partie des aléas d’une chasse aux records et nous sommes tous d’accord pour dire que le jeu en vaut la chandelle.

Les 2 premiers jours, le vent n’est pas encore au rendez-vous. Cela nous permet de découvrir les conditions et de voler ensemble. Nous déciderons aussi de ne pas voler jusqu’à la fin de la première journée afin de pouvoir revenir encore sur Caico le jour même, ce qui permet de revoler dès le lendemain. En revanche, le 1er octobre, marquant le début officiel de la nouvelle saison sur XContest, les conditions sont bien là. Michael Sigel, Patrick Von Känel, Pascal Bissig, Peter Kleimann et Sebastian Benz ne ratent pas cette occasion et réalisent des vols de plus de 470 kilomètres. Michael Sigel passe même les 500 kilomètres ! Pas trop mal pour la première journée de cross officielle de la saison 2020 😉 De notre côté, Yael, Clément et moi-même n’arrivons pas à survivre à la première heure de vol et posons après quelques kilomètres seulement. Nous savons que cela peut arriver vu le côté aléatoire des conditions matinales mais cela reste toujours difficile à digérer…

8h du matin en direction de Patu. Le ciel est déjà bien allumé…. mais attention à l’excès de confiance – avant 10h du matin, on se retrouve très vite au tapis. Photo: Yael

Brazil is BIG!!!!

Mais comme elle est belle en rouge et bleu:-) Photo: Yael

Clément sous son Enzo 3. Photo: Yael

Heureusement, le lendemain les conditions sont encore au rendez-vous et nous pouvons effectuer notre premier grand vol. Cette fois-ci, nous gérons très bien les premières heures de vol et arrivons rapidement dans la région de Patu. A ce moment, notre vitesse moyenne nous permettrait de passer les 400 kilomètres et donc d’aller titiller le record détenu par Marcella (411km). En revanche, le vent bascule et une composante Est se fait bien ressentir. Ceci nous oblige donc à voler par-dessus 2 plateaux culminant à 1000 mètres d’altitude. Etant des pilotes alpins, ces plateaux, à priori, ne représentent pas un souci particulier ; et bien nous avons dû vite revoir notre point de vue. En effet, ces reliefs viennent perturbés considérablement la masse d’air dès que le vent avoisine les 20km/h. Une des conséquences est que les points de déclenchement des thermiques se retrouvent généralement décalés bien en amont du relief ! De plus, la masse d’air s’effondre littéralement en aval de ces plateaux nous gratifiant de taux de chutes qui rendent notre vol similaire à une chute libre… pas terrible pour faire du vol de distance. En addition du temps perdu à gérer ces reliefs, le vent est tombé. S’engage alors une discussion à la radio pour savoir si l’on continue ou pas notre vol. Nous savons que si nous passons la barre des 280km, il sera difficile de rentrer le soir même et donc de revoler le jour suivant. Nous jouons aux apprentis mathématiciens ; c’est par ailleurs toujours intéressant de tester sa lucidité lorsque l’on vole sous un parapente en se lançant dans une série de calcul ; et arrivons à la conclusion que l’on pourra couvrir entre 380 et 400 kilomètres mais qu’il sera difficile de battre le record du monde féminin ce jour-là. La décision est donc prise et nous poserons près d’une route afin de faciliter la récupe. L’équipe de Fly With Andy fait un travail fantastique car nous n’avons pas le temps de sortir de nos sellettes que Zoio, notre chauffeur du jour est déjà là. Quel luxe de pouvoir poser dans des endroits aussi reculés après avoir parcouru plusieurs centaines de kilomètres et de pouvoir encore rentrer le soir même pour retenter notre chance le jour d’après !!!

La suite de l’aventure à lire bientôt dans le chapitre III.